La Boîte à Talents : Brume se dévoile

19.6.17

Nouveau rendez-vous dans la rubrique "La boîte à Talents" ! La dernière fois je vous parlais d'Avalon, une dessinatrice talentueuse, aujourd'hui je remets le couvert avec BrumePour vous il est Brume mais pour moi il est un ami que je connais depuis maintenant six ans. Souhaitant garder l'anonymat je n'en dirai pas plus et vous laisse découvrir sans plus attendre son parcours, ses projets dans une interview au combien complète, intéressante et pleine d'anecdotes.

Tout d'abord, bonjour ! Pour ceux qui ne te connaissent pas, peut-on savoir qui se cache derrière "Brume" ?
C’est la grande question. Disons que derrière Brume il y a un passionné de musique, de toutes les musiques, qui s’est mis à composer un jour pour mettre des notes là où il n’y avait pas de mots. Je ne veux pas que la musique de Brume soit liée à une personne ; l'anonymat apporte une part d'universalité que je souhaite conserver. Les gens qui ne sont pas dans mon cercle proche et écoutent ma musique ne savent pas qui je suis : tant mieux. 

Pourquoi avoir choisi un pseudo si énigmatique ? 
Le projet Brume, tel que les gens le connaissent aujourd’hui est né dans mon esprit il y a assez longtemps, un jour d’automne. J’étais au milieu d’un brouillard très dense, perdu au fond de l’Ardèche, dans un endroit où il n’y a personne, et j’ai eu ce sentiment de plénitude. J’ai ressenti cette sensation de liberté totale, où tu es seul sur terre, où tu peux aller à 100% dans tes idées, sans penser au regard des gens. C’est au final ce que je recherche à travers ma musique, lever les freins que je me fixe tout seul, les à priori, et aller vraiment au fond des choses. Il s'avère que les gens commencent petit à petit à rentrer dans mon univers... tant mieux !

Comment t'es venu cette passion pour la musique, la production ? Quel est ton parcours dans ce domaine ? 
J’ai commencé comme tout le monde je crois. Mes parents m’avait fait essayer à peu près tous les sports possibles et imaginables, et j’étais incapable de passer le stade de la compétition. Je détestais ça. Heureusement, ils m’ont inscrit à des cours de guitare. À l’époque je n’étais pas très assidu mais j’ai mis le pied à l’étrier de cette manière. Quand j’ai atteint un niveau à peu près potable, ne trouvant pas d’autres musiciens dans mon entourage (les joies de la campagne), j’ai voulu m’enregistrer tout seul. J’ai acheté une petite carte son toute pourrie, et c’est là que j’ai découvert la musique sur ordinateur. Je composais des semblants d’instru sur garageband, et ça coïncidait avec les retrouvailles avec mon meilleur ami d’enfance, qui lui commençait à rapper dans son coin. Ce rappeur, c’était Neuja (Dark Jan à l’époque). Il m’a rejoint pendant une semaine chez mes parents avec l’objectif de faire un EP de 7 titres en 7 jours. On a tout fait de A à Z : composition, écriture, enregistrement, mixage, visuel, et même un clip. C’était super formateur. A la fin du septième jour il a fait venir de Lyon deux amis rappeur à lui, T-Aim et Pers One, pour enregistrer un morceau avec eux. Toujours dans cette optique DIY, je m’étais engagé à faire une instru dans la nuit. Mais bon, l’esbroufe ne dure qu’un temps et je dois avouer que je n’étais pas très bon (contrairement à eux, qui était déjà d’excellent rappeur). J’ai été incapable de sortir quoi que ce soit. Une bonne étoile devait passer par là, car ils ont quand même accepté de me revoir et de me faire venir chez eux, à Lyon, pour monter les prémices de ce qui serait le groupe de rap La Jungle (maintenant JNGL) avec d’autres gars à eux. Voilà comment un petit bonhomme qui avait ses mercredis après-midis de libre car il n’aimait pas les compétitions d’athlétisme s’est retrouvé beatmaker. 
Cette étape a duré deux ans, et puis un jour j’ai eu besoin de quelque chose de différent. Je suis un grand curieux de tout et je ne supportais pas l’idée d’être uniquement beatmaker, de n’écouter que du rap, de tourner en vase clôt. Je ne me sentais pas légitime à me prétendre musicien, et ça me rendait fou. Ça n’était pas du tout leur faute, j’aurais très bien pu avoir d’autres projets à côté, mais je n’avais pas la maturité et le recul nécessaire à l’époque alors j’ai préféré complètement arrêter. 
J’ai eu une longue traversée du désert suite à ça, où j’ai essayé de trouver au plus profond de moi quelle était la musique que je voulais réellement faire, quelles était les sonorités qui correspondaient à ce que j’avais à dire. Avec du recul, je crois simplement que j’ai grandi. Je me suis assumé tel que je suis. Brume c’est tout ça : des rencontres, des séparations, des réussites, des échecs. La vie, quoi.


Quelles sont tes influences au quotidien, et comment t'accompagnent-elles dans tes choix artistiques ? 
Il y en a beaucoup. J’ai énormément d’admiration pour les œuvres d’artiste comme Steve Reich ou Philip Glass, qui ont su aller au bout de leurs convictions, apporter quelque chose de différent. Plus récemment, j’aime beaucoup la musique de Superpoze. Il y a cette volonté de ne pas plier au dictat de la dance music, cette quête de la mélodie. J'aimerais beaucoup le rencontrer. Je pourrais aussi te citer Cotton Claw et Zerolex, qui eux m'ont fait découvrir et aimer les synthés complètement barré, avec des sons qui drive dans tous les sens, des rythmiques glitch, ce genre de chose. Globalement, je crois que je suis très inspiré par les gens qui combattent la médiocrité, qui cherchent à faire sans cesse mieux. En musique et ailleurs, bien sûr. Quel que soit le domaine. Ma vraie influence n’est pas dans la musique d’ailleurs, et ce n’est pas une personne. C’est plus un leitmotiv ; le fait de prendre conscience que nous avons eu la chance de naître, que nous partirons un jour, et entre les deux, essayer de devenir un homme de bien, dépasser ce que nous aurions pu être pour devenir encore mieux. 

De combien d'instruments joues-tu ? 
« Jouer » c’est un grand mot, mais disons que je me débrouille avec une guitare ou une basse, que je pianote un peu, que je maîtrise quelques percussions, et que j’adore triturer mes synthétiseurs. Je ne sais pas si ça peut compter comme un instrument, mais je fais beaucoup de field recording. Enregistrer pleins de sons et les sortir de leur contexte pour les transformer en lignes mélodiques ou en percussions, c’est un truc qui me plaît bien.

Parle-nous un peu de ton EP "Pieces". 
Pieces est mon premier EP sous le nom de Brume. Il est l’aboutissement de toutes ces années de questionnement, de « est-ce que c’est bien ? », de « que vont en penser les gens ? ». C’est un premier petit pas en avant pour voir l’accueil qui sera réservé à ma musique. J’ai tendance à me poser (beaucoup) trop de questions, à vouloir connaître tous les éléments avant de me lancer. Pieces est ce petit coup de folie, ce saut dans le vide sans maîtriser aucun des éléments. Après, bien sûr qu’il y a un sens profond dans chacun des 3 morceaux, une histoire qui m’est propre, mais libre à chacun d’y entendre ce qu’il veut. Si un morceau qui est mélancolique pour moi doit être perçu comme une ode à la vie par d’autres, tant mieux. C’est ça la magie de la musique. En tout cas, l’accueil qu’il a reçu dépasse de loin ce que je vous pouvais espérer. Je suis très content.



Combien de temps cet EP t'a-t-il demandé ? 
Je ne planifie rien à l’avance, je ne me dis pas : « Je vais faire un EP de 4 titres en 2 semaine, avec un morceau un peu club, un autre plus lent, puis une remontée. » Je compose en fonction de ce que je ressens, donc ça peut prendre plus ou moins de temps. Au moment de la composition de Pieces beaucoup de choses nouvelles sont arrivés dans ma vie. C’est allé assez rapidement, je dirais 2/3 mois. Pour 3 titres, ça peut sembler assez énorme mais je compose lentement. Je prends le temps de revenir sur les morceaux, de changer des choses. Je trouve toujours des choses à redire dessus. Ils ne seront jamais finis pour moi, j’ai encore une nouvelle version de Inhale sur mon ordinateur.


Si tu devais compter le nombre de projets achevés ou inachevés, combien en comptes-tu à ton actif ? 
Beaucoup trop ? Mais maintenant c’est fini, promis ! J’ai décidé de me tenir à une certaine régularité dans les sorties. Ça va être super. Sur le plan créatif, la contrainte (temporelle, matérielle, …) apporte bien plus qu’elle ne retire. 

Je sais que tu as collaboré avec des artistes, peux-tu nous en parler ? Est-ce quelque chose qui te plaît, produire pour d'autres ou seulement pour toi ? 
Je me rends compte que j’ai déjà plus ou moins répondu avant à la question des collaborations. Pour ce qui est de produire pour d’autres, c’est effectivement quelque chose qui me plaît beaucoup. C’est complètement différent que de produire pour soi, c’est une autre casquette. On sort du champ de l’introspection, c’est plus axé sur la compréhension de l’autre, ce qu’il est, ce qu’il veut dire à travers sa musique. J’aime beaucoup cet exercice. Je n’ai rien de prévu en ce sens pour le moment, mais ça me plairait beaucoup. Je vais faire en sorte que ça arrive. Avis à toi, lecteur, je suis ouvert à toutes formes de collaboration. N’hésites pas à me contacter.


À part la musique, quelles sont tes autres passions, centres d'intérêts ? 
Je suis très intéressé par l’image. C’est certainement lié à mes études, mais la photo, la vidéo, sont des médiums qui me parlent beaucoup. J’ai aussi un gros crush pour tout ce qui est lié au graphisme. Les univers d’artistes comme Tycho ou Jumo, bien que très différents, sont assez géniaux en ce sens où des formes et des couleurs les définissent. Si tu vois passer un de leur visuel, tu sais que c’est eux et pas quelqu’un d’autre. C’est ce que j’essaye de faire avec Brume. Ces mecs n’ont pas besoin de montrer leur tête, de se mettre en avant. J’admire ça.


Quels sont tes plans pour le futur ? 
Dans un futur proche, il y aura sûrement un EP de remix de Pieces. Je n’en dis pas trop pour le moment. Quelques nouveaux titres sont déjà quasiment finis aussi, j’attends de voir s’ils me plairont toujours d’ici quelques jours pour envisager une sortie. Sinon, mes autres plans pour le futur, ce serait de réaliser (ou co-réaliser) des clips pour Brume. Un truc qui serait super aussi ce serait des affiches sérigraphiés, ou un beau disque, avec un livret, un recueil de poème à lire en écoutant la musique. J’adore les beaux objets. Le tout en édition très limité, j’aime bien cette idée du DIY, ou l’artiste fait lui-même la pochette, l’emballage, etc. Mais j’attends de voir si le projet prend bien. Une musique a beau être la meilleure du monde, s’il n’y a personne pour l’écouter… C'est pour ça qu'il faut me rejoindre sur Facebook et Soundcloud ! 😉


Bonus : donne-nous ta playlist du moment ! 
Superpoze – Signal 
Bonobo Bambro Koyo Ganda (Analog Version) 
Rival Consoles – Odyssey 
Zerolex – M.I.L.D. 
Caribou – Start Breaking My Heart (tout l’album)

Pour télécharger "Pieces" rendez-vous ici ! 

Crédits : toutes les photos sont de Brume, merci de ne pas les réutiliser sans son autorisation.

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